Bio Richard et ses joueurs sont à jamais dans l’histoire du football béninois. A la surprise générale, ESAE, vainqueur de la Coupe du Bénin, a surmonté les obstacles pour se hisser en phases de groupes de la coupe CAF. Personne ne les voyait venir, mais ils l’ont fait. Et c’est l’une des belles histoires de la compétition cette saison bien que le club universitaire se soit éliminé dès le premier tour. Plus de deux mois après cette performance inédite, l’entraineur de l’équipe, en exclusivité pour Africa Top Sports, a livré les secrets de cette réussite. Lisez plutôt !

Quel a été le travail fait en amont pour obtenir de tels résultats ?

On s’était fixé un objectif principal celui de jouer une compétition sur le plan national. Pour se faire il fallait mettre sur pied une équipe digne de ce nom, ce que nous avons fait. À mon niveau, j’ai imprimé un nouveau rythme de travail en demandant aux joueurs d’adhérer à ma philosophie. C’est-à-dire travailler selon mes principes, heureusement j’ai eu un groupe très discipliné. Nous nous sommes sérieusement mis au travail, ce qui nous avons valu la qualification pour une compétition africaine. L’autre objectif était de dépasser le cap des préliminaires et accéder en phases de poules, voilà comment le travail s’est passé. Il faut reconnaître qu’on a mis la discipline, la volonté et toute la rigueur que cela nécessitait.

Vous avez rencontré au tour de cadrage l’équipe sénégalaise de Génération Foot (GF). Quelle répercussion l’épisode Génération Foot – Zamalek a eu sur le mental de votre équipe et sur votre méthode de travail ?

On suivait de très loin l’épisode parce qu’on devait rencontrer le perdant de cette confrontation, du coup tout ce qui s’y est passé n’a eu aucune répercussion sur nous. On s’est seulement dit que si on arrive à éliminer Génération Foot, c’est que nous avons quelque chose à faire valoir sur le plan africain, voilà ce que cela a pu donner sur notre mental.

Racontez-nous un peu le match retour épique face à Génération Foot au stade René Pleven ? Celui qui vous a permis de se qualifier pour la phase de groupes de la Coupe CAF.

C’était un match émouvant, au cours duquel il fallait rester concentré jusqu’au bout. Nous avons abordé ce match de la même manière que nous l’avions fait au Sénégal, à Dakar. Nous sommes allés battre l’adversaire chez lui, donc il était possible que ce même adversaire vienne avec les mêmes intentions, donc il va falloir rester concentré et aborder le match avec beaucoup de sérénité, voilà ce qu’on a fait. Certes, nous avons encaissé un but en première partie, mais à la mi-temps nous avons fait comprendre aux joueurs que rien n’était perdu et que nous étions sur nos propres installations et qu’il fallait tout faire et se qualifier parce que nous étions à un match de la qualification (pour les phases de groupe ndlr).

C’était vraiment un défi pour nous qui étions à la porte de la qualification, une première pour un club béninois. Au-delà de tout ce que ce match a comporté avec l’histoire des forces obscures dont jetaient Génération Foot sur le terrain pour nous sortir du match. Néanmoins nous sommes restés concentrés et nous avons demandé aux joueurs d’en faire de même, car ils étaient venus dans le but de saper notre moral pour nous empêcher d’atteindre notre objectif. Mais nous sommes restés sereins jusqu’à la séance fatidique des tirs aux buts où nous avons été plus réalistes parce qu’il n’y avait plus d’autres options pour nous que de nous qualifier en phase de groupe. Voilà comment nous sommes venus à bout de cette grande équipe sénégalaise. C’est le lieu de tirer chapeau aux tireurs et au gardien qui a sorti une grande classe.

La marche a été très haute pour ESAE en Coupe CAF. Un seul point pris en 6 matchs. Quel est le bilan global que vous dressez ?

En phase de groupe, on était en face des meilleures équipes africaines. Le tirage nous a été défavorable. Se retrouver dans le même groupe que Zanaco de la Zambie, Daring Club Motema Pembe du Congo, la RS Berkane du Maroc, vice-champion de la compétition. On avait en face de grosses équipes. Du coup il fallait forcément renforcer notre équipe, ce qui n’a pas été fait. C’est regrettable, nous avons émis cette volonté, mais le club pas suivi, faute de moyens, ce qui a été fatal pour nous. Donc j’ai été obligé d’aborder la phase de poules avec le même groupe. Du coup en face des cadors de la compétition, c’était difficile de réagir. Mais il ne faut pas forcément voir qu’on est sorti avec un point, mais ce que nous avons présenté en termes de jeu au cours de cette phase de poules. Nous avons rivalisé à un moment donné avec ces grandes équipes et stars d’Afrique. Ce n’était pas aussi mauvais que ça, mais on a manqué des joueurs d’expérience. S’il faille reprendre, on changerait de copie.

Quel a été l’adversaire qui vous a le plus mis en difficulté dans cette compétition ?

C’est la Renaissance Berkane du Maroc. C’est d’ailleurs le leader de notre poule. Ils sont toujours en course dans la compétition, c’était vraiment un gros morceau, c’est contre eux qu’on a eu le plus de difficulté.

Comment expliquez-vous la déroute de votre équipe face au DCMP au stade Charles De Gaulle à Porto Novo ?

L’adversaire était plus chanceux que nous, la preuve avec une frappe anodine on prend un but. Mais dans l’animation de jeu, ils n’ont pas été meilleurs que nous. Nous sommes passés à côté sur deux tirs. Ce n’était pas notre jour car l’adversaire n’était pas si supérieur à nous, la preuve nous leur avons prouvé à Kinshasa, que le match à Cotonou n’était qu’un faux pas.

Quel a été votre plus grand regret dans la compétition ?

C’est de n’avoir pas figuré parmi les deux qui devraient sortir de notre poule. Pour ce qu’on a produit un bon jeu et on méritait de passer ce tour. Même en Zambie on ne méritait pas de perdre comme cela.

Élimination dès le premier tour de la Coupe CAF. ESAE de retour sur la scène nationale. Comment êtes-vous arrivé à remobiliser votre groupe pour être très rapidement performant dans la Vitalor Ligue 1 ?

Juste après l’expérience acquise en compétition africaine, on s’est dit qu’il va falloir s’en servir pour prendre l’avantage sur les autres équipes et prendre le dessus en termes de production de jeu. Ce qui a été chose faite et nous a propulsé en tête de championnat. Mais à un moment donné nous avons accumulé assez de matches en retard. Donc la fédération béninoise de football, voulant faire les choses dans les normes a estimé qu’il fallait nous faire jouer tous les matches en une semaine, ce qui a été fatal pour nous. Nous avions fait trois matchs en espace d’une semaine, ce qui a coûté notre place de leader au profit des autres. Mais après ça on a connu des difficultés, dues non seulement aux fatigues, mais aussi à des blessures. Mais on a dû de juguler tout ça et nous retrouver deuxième à un point du leader avant l’arrêt du championnat.

Vainqueur de la Coupe du Bénin, Qualification pour la phase de groupe de la Coupe CAF, quel est le prochain objectif du club ESAE ?

Aujourd’hui le club aurait voulu rejouer cette compétition Africaine. S’il y a une possibilité d’aller chercher une place qualificative pour une compétition africaine, nous n’allons pas la jeter. Nous allons nous battre et voir si on peut encore reprendre l’expérience de la compétition africaine la saison prochaine. Personnellement, l’objectif c’est de tout faire pour être encore africain la saison prochaine.

Quel est le quotidien de votre équipe dans cette période de crise sanitaire due au Coronavirus alors que tout est à l’arrêt ?

Nous sommes confinés chez nous. Mais nous avons donné un programme de travail spécifique à chaque joueur qui s’exerce à son niveau et que nous suivons de près à travers les différents rapports qui nous reviennent. Mais il faut reconnaître que c’est un peu compliqué pour nous qui sommes des habitués du terrain. Nous vivons cette crise sanitaire avec beaucoup de difficultés. Mais comme on le dit souvent la santé avant tout. Nous sommes confinés à la maison tout en respectant les règles sanitaires dictées par notre gouvernement. C’est difficile mais on ne peut que faire ça. Notre souhait c’est qu’on puisse vaincre cette pandémie et retrouver vite les stades. Elle nous a permis de recharger nos batteries et repartir avec de nouvelles intentions dès qu’on va reprendre le championnat.

Votre mot conclusif

Cette campagne a été très émouvante puisqu’elle nous a permis de hisser très haut le football béninois à l’échiquier africain. Nous faisons partie désormais des clubs africains qui jouent les phases de groupe. Désormais le Bénin en fait partie, ce qui n’était pas le cas dans un passé récent. C’est donc une satisfaction pour nous. Une chose est certaine, s’il était permis de reprendre, nous allons le faire autrement. Mon souhait est que davantage de clubs béninois puissent participer à cette compétition africaine. Car ça permet vraiment de voir ce qui se passe sur le plan continental qui est carrément différent de ce que nous faisons sur le plan national. C’est mon souhait le plus ardent.

Propos recueillis par John ATTISSO pour Africa Top Sports (www.africatopsports.com), le 24 avril 2020

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